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26 novembre 2007
Pour une économie sociale-écologique de marché
Tribune publiée dans Les Echos
La gauche souffre presque partout en Europe d’une perte de crédibilité. Pour y répondre, le concept d’économie sociale-écologique de marché me semble prometteur. Si la gauche de gouvernement s’inscrit dans le cadre de l’économie de marché, c’est en étant consciente de ses limites : rivé sur le court terme et le monétaire, celui-ci ne peut pas être abandonné à lui-même, sauf à laisser s’accumuler les chocs pour l’économie, les injustices pour les personnes et les dangers pour la planète.
Plusieurs tendances actuelles de l’économie mondiale ne sont pas soutenables, pas durables : le transfert systématique des activités productives vers les pays émergents ; l’aggravation des inégalités entre les gagnants et les perdants de la mondialisation ; l’explosion de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre ; la multiplication des crises financières, des désordres monétaires et des paradis fiscaux. Amplifier ces tendances, en subordonnant tout, y compris l’ensemble de la société, à la domination du marché, c’est la catastrophe assurée.
Pour réagir, les sociaux-démocrates allemands, lors de leur dernier congrès, ont développé le concept d’Etat social préventif. C’est une avancée, elle montre que l’impératif d’une réorientation de la gauche progresse. Les socialistes français doivent, eux aussi, bouger.
Internationalistes, nous devons parvenir à une action concertée à l’échelon mondial. Plusieurs propositions très ambitieuses ont été étudiées en ce sens, qui lient économie, social et écologie : créer une agence mondiale de l’environnement pour négocier et appliquer de nouveaux accords ; donner à l’OIT les moyens de faire respecter, y compris par des sanctions commerciales, les « principes et droits fondamentaux au travail » ; rapprocher ou regrouper le FMI et la Banque mondiale dans une organisation chargée de fixer les règles du fonctionnement des marchés, de veiller à la transparence des fonds souverains, de faire respecter un « fair play » des parités monétaires, d’aider au développement des pays que la mondialisation délaisse ou enfonce.
En Europe, nous devons peser pour que l’Union se réoriente dans plusieurs directions : stratégie monétaire de croissance plutôt qu’euro cher, politique de la concurrence réellement au service des entreprises européennes, harmonisation sociale et fiscale par le haut et non dumping généralisé. En matière commerciale, le juste échange doit être préféré au libre-échange. Les protections douanières ou réglementaires peuvent être légitimes si elles visent à l’élévation du niveau social et environnemental.
Dans le même esprit, je viens de lancer l’idée d’une initiative de Coopération européenne sur la recherche et l’innovation (Ceri), qui pourrait constituer la première « coopération renforcée » effective. J’espère qu’elle sera une des priorités de la présidence française. La mutualisation de nos efforts dans ce domaine vital pour notre avenir permettrait d’en décupler les retombées.
Cette formule de l’économie sociale-écologique de marché indique l’étroite dépendance qui doit désormais exister entre l’économique, le social et l’écologique. Pas de croissance durable qui ne soit sociale-écologique. Inversement, compte tenu des coûts à supporter, aucun progrès social ni aucune amélioration environnementale durable ne seront possibles sans une croissance économique soutenue. Les pays européens les plus prospères - en Europe du Nord, notamment - ne sont-ils pas aussi les plus écologiques et ceux où la justice sociale est la plus forte ?
Pour relancer notre croissance, nous devons développer une stratégie de compétitivité fondée sur l’innovation, la recherche, le développement des infrastructures et la qualité de la formation. L’Etat doit y jouer pleinement son rôle avec des priorités budgétaires clairement affichées. Mais pas seulement : l’économie doit retrouver une logique d’investissement à long terme et non de seule logique financière de court terme. On peut l’y aider, par exemple en modulant l’impôt sur les sociétés selon que les bénéfices sont réinvestis ou non, en promouvant une meilleure gouvernance d’entreprise. Il faut aussi, en nous inspirant des succès d’Airbus et d’Ariane, relancer de grands projets industriels, dans des domaines porteurs comme le spatial, le ferroviaire ou l’énergie. Les PME ne doivent pas rester à l’écart de ce mouvement d’ensemble. Le soutien doit être renforcé, surtout en direction des entreprises innovantes (accès facilité à la commande publique, crédit d’impôt recherche relevé). Le volontarisme et l’économie de marché ne sont pas incompatibles.
Sur le plan social, le mot d’ordre pertinent n’est pas le slogan trompeur « travailler plus pour gagner plus », mais « travailler mieux pour vivre mieux ». Formation tout au long de la vie, amélioration des conditions de travail, égalité hommes-femmes, service public de l’emploi : beaucoup reste à faire. Dans un esprit de justice sociale, il faudra procéder à un réexamen du financement des retraites et de la protection sociale. Quant aux services publics, ils gagneront à être modernisés et renforcés, notamment en banlieue et dans les campagnes, pour affronter en particulier les défis de la société de la connaissance (école, recherche, enseignement supérieur, culture) et ceux du vieillissement (santé, dépendance).
L’environnement, enfin, doit devenir une exigence transversale de nos politiques publiques. Faire de l’écologie sans moyens, comme semble y incliner le gouvernement, n’est pas crédible. Le principe « pollueur-payeur » doit être placé au coeur de notre stratégie : incitations fiscales sur les énergies et technologies « propres », imposition sur les activités et produits polluants. Avec une priorité : une taxe carbone doit être rapidement mise au point.
Parce qu’elle conjugue toute la gamme de l’action politique - innovation, production, régulation, protections -, « l’économie sociale-écologique de marché » peut permettre à la France et à l’Europe de retrouver le chemin de la croissance, de la justice et de l’influence. Elle peut être le socle d’une alternative au simplisme dangereux du laisser-faire. Elle peut rassembler la gauche et convaincre bien au-delà.
19:16 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
25 novembre 2007
Le pouvoir d’achat est le principal ratage de Sarkozy
Le grand rendez-vous Europe1 TV5 Le Monde
Laurent Fabius a estimé dimanche que la question du pouvoir d’achat constituait le principal "ratage" du président Nicolas Sarkozy. (Publicité)
"Il y a évidemment un gros gros problème de pouvoir d’achat. (...) Tout augmente sauf les salaires et les retraites", a déclaré M. Fabius au Grand Rendez-Vous Europe1/TV5/Le Parisien.
"Ce qu’on a retenu de sa campagne victorieuse (de M. Sarkozy) c’est je serai le président du pouvoir d’achat : promesse non tenue, totalement non tenue. Il y a deux ratages, le premier ratage, le plus sérieux, c’est le pouvoir d’achat. Le second, qui n’est qu’en partie lié à ce qui se passe en France, c’est l’euro cher", a-t-il dit.
M. Fabius a estimé qu’il fallait en matière de pouvoir d’achat favoriser "les négociations sur les salaires", aller vers un "encadrement des loyers, qui sont en train d’exploser", mettre en oeuvre le chèque transport, envisager une "contribution qui peut être prise sur les super-bénéfices des compagnies pétrolières" et faire "un effort pour les petites pensions".
Sur l’éventualité du conditionnement des "exonérations sociales à l’engagement de négociations sur les salaires", M. Fabius a déclaré : "le gouvernement a l’air de caresser cette idée, s’il s’en saisit, je l’appuierai".
Il a de nouveau fustigé le "paquet fiscal" adopté cet été, estimant qu’il n’était "pas un paquet fiscal, (mais) un boulet fiscal qu’on va traîner pendant des années".
22:00 Publié dans Pouvoir d'achat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24 novembre 2007
Pour une Coopération Européenne de la Recherche et de l’Innovation
Elaboré depuis plusieurs mois par Laurent Fabius, après large consultation, le projet de CERI permettrait de mutualiser les efforts des pays européens qui le souhaitent dans les deux domaines clés de la recherche et de l’innovation. Ce serait un moyen de relancer l’Europe par une politique concrète. La CERI pourrait être la première coopération renforcée effective. Vous trouverez ici le détail du projet ainsi que la présentation du projet en anglais et en allemand.
Il est urgent d’admettre cette réalité : sans une industrie très compétitive, l’Europe ne créera durablement ni assez d’emplois ni assez de croissance. Les politiques de réduction du coût du travail ne permettront pas seules de résister notamment à la pression des pays émergents. Ce ne sont pas quelques points de baisse des cotisations sociales qui compenseront l’écart salarial entre l’Europe, la Chine ou l’Inde ! Pour nous comme pour nos voisins européens, la course forcenée au moins disant fiscal et social constituerait une double erreur : parce qu’elle appauvrirait les ménages, les entreprises et les finances publiques, et parce qu’elle serait perdue d’avance. Il est également vain - et assez arrogant - de s’imaginer que ces pays ne rattraperont pas leur retard technologique. Seule la compétitivité "par le haut", c’est-à-dire par l’innovation, engendrera une croissance durable à la fois riche en emplois et en revenus. Il faut faire le choix de l’innovation.
N’oublions pas l’autre volet de l’analyse. Nous devons nous engager aussi sur la voie de la solidarité et de la coopération. Solidarité avec ceux qui subissent les délocalisations, coopération créatrice avec nos partenaires européens. Sinon, ce serait la spirale de la régression.
Comme beaucoup, je ne me résigne évidemment pas à la récession et je ne veux pas de la régression. C’est pourquoi je souhaite que s’impose une stratégie économique qui conjugue innovation, compétitivité et solidarité. Et qui réponde aux grands enjeux du siècle : environnement, santé, énergie, technologies de l’information. Cette stratégie doit être ambitieuse et réellement européenne. Sans moyens conséquents, on restera dans le saupoudrage, donc dans l’inefficacité. Aujourd’hui, l’action publique en matière industrielle est concentrée sur les niveaux national et local : l’Europe est notre avenir, ayons le courage de montrer que l’échelon européen est décisif.
Avec la première Communauté du Charbon et de l’Acier (CECA) en 1952, l’Europe s’est construite sur la mise en commun des moyens stratégiques pour rendre la guerre impossible et stimuler la coopération. Aujourd’hui la paix est là, mais la guerre économique fait rage. Le volontarisme politique a été à l’origine de l’Union européenne. Il est urgent de le réactiver.
L’innovation et la recherche sont à la guerre économique et à l’Europe d’aujourd’hui ce que le charbon et l’acier furent à la guerre militaire et à l’Europe d’hier. Nos aînés étaient des fondateurs, nous devons être des reconstructeurs. Je propose de mettre en place, avec nos partenaires de la zone Euro, la première véritable « coopération renforcée » : une Coopération Européenne de la Recherche et de l’Innovation. Cette CERI sera fondée sur 4 principes.
Premier principe : un budget commun de la recherche ayant vocation, à terme, à remplacer ses équivalents nationaux. Nous devons en finir avec le morcellement des objectifs, la dispersion des politiques, la complexité labyrinthique des mécanismes d’aides. Moins de bureaucratie, plus de synergies. Ce budget sera géré par une autorité unique et indépendante, dirigée par la communauté scientifique. Il financera la recherche fondamentale et appliquée, publique et privée, par des appels à projets sur des enjeux stratégiques comme l’énergie, l’environnement, le changement climatique. Un pourcentage minimal sera réservé aux PME. Les coûts administratifs seront plafonnés.
Le second principe devrait être l’établissement d’un fonds commun pour l’innovation et la ré-industrialisation. Atteindre, enfin, la masse critique est indispensable pour réellement soutenir notre industrie dans la mondialisation. Avec deux objectifs : d’une part, financer des projets de dimension européenne ou multinationale, proposés par les entreprises grâce à des outils qui ont fait leurs preuves (avances remboursables, subventions, garanties financières, investissements en fonds propres). D’autre part, il s’agira de créer un fonds de solidarité industrielle (FSI) qui apportera un soutien aux salariés victimes de délocalisations ou de restructurations. Les instruments financiers du FSI seront très concrets. J’en suggère trois : une assurance « salaire/pouvoir d’achat » (si la délocalisation entraîne un changement d’emploi associé à une baisse de salaire, le FSI finance 50% de la différence pendant deux ans) ; une assurance « salaire/formation » (si la délocalisation entraîne une perte d’emploi, le FSI finance les frais de formation pendant un an) ; une aide à la mobilité (si la délocalisation oblige à se déplacer pour travailler ailleurs, le FSI finance, par exemple, l’équivalent de 3 mois de l’ancien salaire).
Troisième principe : la création d’un espace juridique unifié pour les entreprises innovantes. Cet espace comportera un brevet commun, unitaire et autonome, ayant les mêmes effets dans toute la CERI et soumis à la juridiction communautaire. Il impliquera un statut commun pour les jeunes entreprises innovantes, assorti de mesures incitatives. Il comportera des éléments de fiscalité communs dont un plancher et une assiette pour l’impôt sur les sociétés, jetant ainsi les bases d’une harmonisation fiscale.
Le dernier principe souhaitable est celui d’un espace de mobilité pour les chercheurs et les étudiants. Il devrait être caractérisé par une liberté de carrière des chercheurs dans toute la CERI, garantissant la « transférabilité » des droits sociaux en matière de santé, retraite et chômage. Un statut juridique commun permettra la mobilité des acteurs de la recherche académique vers l’entreprise, sur la base par exemple de celui créé en France dès 1999. Un fonds d’aide à la mobilité devrait être créé pour les étudiants en thèse ou post-doctorat et pour les enseignants-chercheurs ainsi qu’un système d’équivalence automatique des diplômes et une obligation, pour certains domaines comme les sciences de l’ingénieur ou les biotechnologies, d’effectuer au moins un an d’études supérieures dans un autre Etat membre de la CERI.
Devant un projet aussi ambitieux, les sceptiques diront : c’est irréaliste ! Dans une Europe à 27, uniforme et malheureusement immobile, je l’admets volontiers. C’est pourquoi je propose d’utiliser ce sujet la formule d’ « une coopération renforcée », prévue par les textes européens, afin d’avancer avec tous ceux de nos partenaires qui le souhaitent vraiment. L’Union européenne ne s’est pas faite d’un coup, mais graduellement. La CERI, elle aussi, se construira par étape. Commençons.
Pour éviter de créer une nouvelle « usine à gaz », la CERI pourra s’appuyer sur les institutions, agences, mécanismes européens déjà en place. Mais il faudra aller plus loin. Il faudra refuser le poison du « juste retour », cet égoïsme des nations contraire à l’esprit du projet européen. La CERI, ce ne sera pas “I want my money back” à la façon de Margaret Thatcher, mais plutôt “I want my Europe back”. Financièrement, on peut penser à plusieurs pistes : affecter à la CERI une fraction de l’impôt sur les sociétés ; recourir à une "TVA verte" modulée selon le caractère écologique des produits ; introduire une taxe sur les énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre.
Ce projet que je soumets au débat en France et en Europe a été élaboré après concertation avec de nombreux partenaires intéressés. Nous y travaillons depuis plusieurs mois. Le détail est disponible sur mon site internet*. J’invite mes compatriotes ainsi que les autres citoyens européens intéressés à le consulter pour en discuter et l’enrichir. En nous mobilisant, nous pouvons à la fois redynamiser la France et réorienter l’Europe.
2008 est l’année de la dernière Présidence française de l’Union avant au moins 2020. Une révision du budget européen sera sur la table. C’est une occasion historique. Je lance un appel au Président de la République. La CERI est un projet moderne, sans complexes vis-à-vis de la mondialisation, fondamentalement européen, écologiste et progressiste, pariant sur l’innovation, l’éducation, l’intelligence. Je souhaite que la France fasse preuve d’assez d’audace et de sens historique pour le proposer à nos partenaires de l’Union.
10:00 Publié dans Recherche et Innovation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Laurent Fabius. L’ancien Premier ministre revient sur le conflit social et l’état du PS.
Interview publiée dans Libération du 24 novembre 2007
Alors que les socialistes n’ont guère été audibles lors du conflit dans les transports, Laurent Fabius dresse le bilan du mouvement social et livre sa vision de la rénovation du PS.
Quelle leçon politique tirez-vous du conflit social ?
La première leçon, c’est qu’il est déplorable qu’on ait dû arriver à un tel affrontement. Encore faudra-t-il évaluer les résultats des négociations. En tardant à discuter, le gouvernement a fait perdre du temps. Ce qui laisse chez les usagers et les personnels fatigue et ressentiment. Le pouvoir a voulu diviser les salariés, faire apparaître les bénéficiaires des régimes spéciaux comme des privilégiés, alors qu’il accordait près de 15 milliards de cadeaux fiscaux à d’autres.
Fallait-il réformer les régimes spéciaux ?
Bien sûr, il faut une harmonisation. Mais en tenant compte de la pénibilité, de l’espérance de vie et du niveau des retraites.
Pourquoi le PS a-t-il peiné à accompagner le mouvement ?
Un parti politique n’a pas à se substituer au mouvement social. En même temps, il faut reconnaître que le PS, dans un passé récent, n’a pas toujours été en pointe dans ce domaine. Il faut que ses dirigeants soient offensifs et clairs.
Le pouvoir d’achat est-il le dossier le plus épineux pour le gouvernement ?
Tout augmente, sauf les salaires. Beaucoup commencent à se dire qu’on leur a raconté des sornettes avec le«travailler plus pour gagner plus». D’où un mécontentement à l’égard de l’exécutif, mais qui ne se reporte pas encore en positif sur la gauche.
Quel bilan tirez-vous de six mois de présidence Sarkozy ?
Omniprésidence et omnifinance. Suractivité incontestable, mais efficacité discutable. Ce qui me frappe aussi, c’est la novlangue officielle, cette communication érigée en propagande. «Travailler plus pour gagner plus» fut un slogan clé de la campagne : on voit maintenant la réalité, bien différente. On ferme brutalement 160 tribunaux, cela s’intitule «rapprocher la justice des citoyens». On supprime plus de 10 000 postes de professeurs par an, cela s’appelle «intéresser les enseignants». La taxation des malades est rebaptisée «responsabilisation des patients». Et le chef de l’Etat, lorsqu’il s’augmente de 200 %, ne fait que «rendre transparent son salaire». A l’opposition d’opérer ce travail de décodage, de déconstruction et de propositions.
En tant qu’ancien Premier ministre, comment jugez-vous le rôle de François Fillon ?
Considérer le Premier ministre comme un simple collaborateur du président est un déséquilibre fonctionnel malsain. Une seule personne ne peut remplir tous les rôles de la République. Je suis en désaccord avec le pouvoir trop personnel qu’on nous propose.
Le PS s’est prononcé en faveur du mini traité européen. Vous rangez-vous à cela ?
Le traité n’est ni «mini», ni «simplifié», il comporte 250 pages et près de 300 amendements ! Nous avions unanimement décidé que ce sujet, tranché en 2005 par le peuple, devait démocratiquement être à nouveau examiné par lui. Je suis de ceux qui n’ont pas changé de position : le refus de procéder à un référendum n’est pas une question de forme, mais de fond. Au-delà de quelques dispositions institutionnelles utiles, je crains que le texte ne permette pas la relance européenne indispensable.
Qu’allez-vous faire sur ce point ?
Présenter des propositions concrètes de relance, notamment celle d’une Coopération européenne pour la recherche et l’innovation (Ceri). Quant au traité lui-même, je ne souhaite pas le cautionner.
Sur quoi doit porter le prochain congrès du PS ?
Sur les valeurs socialistes, beaucoup plus modernes que l’ultralibéralisme. Sur nos propositions, qui, elles, doivent être adaptées et rénovées. Sur la stratégie, enfin : si le PS se contente de regarder ce que font l’ultragauche et le centre, en se laissant ballotter au gré des sondages, alors le potentiel de contestation qui s’exprime se portera sur d’autres que nous et le besoin de propositions ressenti ne sera pas satisfait. Le PS doit, au contraire, constituer une gauche décomplexée, sociale-écologique dans l’économie de marché, rassembleuse, propositionnelle.
Le prochain congrès doit-il être celui du leadership ?
Il faut clarifier les idées, et celles qui prévaudront devront, bien sûr, être incarnées. Mais il serait absurde de poser la question présidentielle de 2012 dès 2008. Une équipe avec un ou plusieurs porte-parole, des personnalités largement nouvelles sont souhaitables. Le moment venu, nous trancherons sur qui doit faire quoi.
Ségolène Royal est-elle toujours en mesure de jouer un rôle de premier plan au PS ?
Je viens de vous répondre.
Quel rôle comptez-vous jouer dans les mois qui viennent ?
Je prendrai position, non dans les jeux internes, mais sur les grandes questions, m’efforçant d’être actif et sage à la fois. Ce qui se passe aujourd’hui au Pakistan ou en Iran, ou bien l’envolée de l’euro destructrice d’emplois, les dégâts du CO2 n’ont-ils pas un peu plus d’importance que les déclarations de tel prétendant PS en mal de médias ? Il y a aujourd’hui – et je le regrette – un vide et parfois même un certain ressentiment à l’égard des socialistes, comme une sorte d’espérance interdite. Nous devons reconstruire pour rendre aux Français cette grande espérance.
09:00 Publié dans Conflits sociaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22 novembre 2007
Pétition pour la sauvegarde de l'intercommunalité de nos collectivités territoriales
21:20 Publié dans Intercommunalité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Lancement du Comité National pour un Référendum
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Rendez-vous sur le site www.nousvoulonsunreferendum.eu
21:20 Publié dans Traité européen simplifié | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Prix du pétrole : vrais et faux responsables
Les boucs émissaires : le fisc et les pays producteurs
Commençons par écarter l’hypothèse fausse et pourtant répandue dans les médias selon laquelle les taxes alimenteraient essentiellement la hausse des prix. Celle-ci est absorbée à 17% seulement par les finances publiques et 83% par le marché pétrolier. Tout simplement parce que le principal impôt qui pèse sur les carburants, la TIPP, n’est pas, à la différence de la TVA, calculée sur les prix mais sur les quantités consommées. La variation du prix du litre n’a donc pas d’effet magique pour les finances publiques. Autres responsables souvent pointés du doigt : les pays producteurs qui rationneraient l’offre alors que la demande est tendue. Ils sont d’autant plus suspects qu’à la différence du fisc, ils tirent fortement profit de l’envolée des prix : les recettes pétrolières encaissées par les pays de l’OPEP ont bondi de 199 milliards en 2002 à près de 700 milliards pour 2007. Mais l’accusation est injuste car ils offrent aujourd’hui des volumes de pétrole brut qui couvrent la demande mondiale.
Les vrais responsables : les majors pétrolières privées et les marchés financiers
Or l’industrie pétrolière, dominée par des compagnies occidentales, ne suit pas du tout. Faute d’investissements, elle a organisé un gigantesque rationnement des capacités de raffinage (transformation du pétrole brut en carburant). Les pays producteurs en sont d’ailleurs eux-mêmes victimes : si l’essence y coûte très peu chère, elle y est souvent rationnée à la pompe car les compagnies orientent prioritairement le raffinage vers les pays occidentaux. L'industrie pétrolière limite le raffinement dans le seul but d'accroître ses profits. La marge de raffinage a ainsi été multipliée par trois depuis 2003. Dans la facture du consommateur, le prix payé pour les activités de raffinage et distribution a augmenté en quatre ans de 110% pour l'essence et de 94% pour le gazole, sans aucun lien avec la réalité des coûts. Ainsi s’expliquent en partie les profits pharaoniques dégagés depuis quelques années par les majors pétrolières : rien qu’en 2006 39,5 milliards pour ExxonMobil (+215% depuis 2002), 25 milliards pour Shell (+172%), 22 milliards pour BP, 17 milliards pour ChevronTexaco et 12,6 milliards pour Total (+110% depuis 2002), soit le plus gros profit jamais réalisé par une entreprise française.
Ce goulet d’étranglement alimente la spéculation sur les marchés pétroliers et, via leur financiarisation, tire vers le haut tous les prix du secteur, y compris ceux du brut. Les marchés financiers contribuent aussi à la très forte volatilité des prix du pétrole : sur-réaction à tout événement présumé dangereux pour les capacités de production, prix lestés de primes de risques variant en fonction des pays producteurs. C’est ainsi qu’une déclaration du président iranien peut faire bondir le baril de 10 dollars, sans lien avec la production réelle. Cette financiarisation du marché pétrolier est d’autant plus poussée que prolifèrent les produits dérivés (de couverture des risques notamment). Elle autoalimente une surenchère spéculative largement responsable de l’envolée des prix depuis 2 ans.
L’exemple pétrolier français : planification publique ou anarchie marchande ?
Avant de participer à cette orgie mondiale de profits sur le dos du consommateur, le secteur pétrolier français a longtemps été dominé par d’autres préoccupations. Dépourvue de ressources pétrolières en métropole, la France n’avait pas d’atout particulier pour avoir une industrie pétrolière de grande envergure (la 4ème mondiale). Comme dans bien des domaines, elle va la construire sous l’impulsion de l’Etat. Dès 1745, l’Etat s’intéresse à la première manufacture pétrolière du monde à Péchelbronn en lui accordant des lettres patentes royales pour produire huiles et asphaltes. Après avoir laissé le secteur en friche pendant tout le 19e siècle, les gouvernements diagnostiquent après la 1ère guerre mondiale que le désordre marchand qui y règne est un handicap pour le pays. Un monopole d’Etat sur les importations de pétrole est instauré et toute concession gratuite ou perpétuelle interdite comme contraire à l’intérêt général. Une Compagnie française des pétroles chargée de " développer une production de pétrole sous contrôle français" est mise en chantier. La loi du 30 mars 1928, qui sera en vigueur jusqu’à la libéralisation du secteur dans les années 1980-1990, place tout le pétrole brut, ses dérivés et résidus sous l’autorité de l’État. S’ensuivent plusieurs décennies de développement industriel tiré par les investissements publics qui vont permettre à la France de se hisser au premier rang de l’innovation technologique : création à Strasbourg de la première école mondiale des métiers du pétrole, invention de la prospection électrique puis après la guerre construction des plus grands pétroliers du monde et invention des forages horizontaux. Jusque dans les années 1980, l’industrie pétrolière fera directement partie des objectifs de planification économique du pays, ce qui rendait impossible une envolée des prix à la pompe due aux raffineurs et distributeurs.
La privatisation de Total et Elf au détriment du consommateur et des investissements
Dès 1986, la droite ouvre le capital d’Elf (jusque là publique) dont elle achèvera la privatisation en 1994 sous Balladur. En 1992, les principes de la loi pétrolière de 1928 sont abandonnés et l’Etat se désengage du consortium d’économie mixte Total-CFP (dans lequel il détenait 30% et une voix prépondérante). Dès lors l’Etat s’est dramatiquement privé de tout instrument efficace de pilotage. Après sa fusion avec le belge Petrofina puis avec Elf, Total se hisse au 4ème rang mondial des compagnies pétrolières. Puis elle se lance dans une course à la rentabilité financière au détriment des investissements dans ses capacités de production et surtout de raffinage. Total déverse ainsi sur le marché mondial deux fois plus de pétrole brut qu’il n’est capable d’en raffiner. L'Institut français du pétrole explique que « cette inadéquation de l'outil de raffinage à la demande est la conséquence de nombreuses années d'investissements réduits dans de nouvelles capacités ». Entre 2002 et 2005, les investissements productifs de Total ont ainsi augmenté 5 fois moins vite que ses profits (+22% d’investissements de production contre + 106% de profits). Les salariés n’en voient pas non plus la couleur : le salaire moyen a baissé de 8% en trois ans et la part des salaires dans la valeur ajoutée chuté de quatre points. L’essentiel de ces profits faramineux n’est donc pas réinvesti à long terme mais sert à financer des acquisitions dans d’autres groupes et surtout pour moitié à augmenter la rémunération des actionnaires et racheter ses propres actions. De 2000 à 2005, Total a ainsi doublé le dividende versé par action. Pire, il a racheté pour plus de 21 milliards d’euros de ses propres actions. Cette pratique purement spéculative sert à faire grimper artificiellement le cours et à augmenter le dividende versé par action, le tout en faisant littéralement partir de l’argent en fumée, sous forme de destruction du capital de l’entreprise. Rien qu’en renonçant à ces rachats d’action stériles, Total pourrait chaque année compenser l’alourdissement de la facture pétrolière des ménages.
21:15 Publié dans Prix du Pétrole | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19 novembre 2007
Mes dates à retenir
Conseil de la Communauté de Communes du Roumois-Nord
20h30 à Etreville à la Maison des Associations
11 novembre 2007
Cérémonie du 11 novembre
11h00 au monument aux morts du cimetière de Saint-Ouen de Thouberville
16 novembre 2007
Conseil Municipal à Saint-Ouen de Thouberville
20h30 à la Mairie
24 novembre 2007
11h00 :
- Inauguration des Ateliers Municipaux de Saint-Ouen de Thouberville
- Vernissage du 11ème Salon CREA
20:19 Publié dans Actualités / Agenda | Lien permanent | Envoyer cette note
18 novembre 2007
Réforme des retraites : ce que les gauches auraient fait
Article de Laurent Fabius paru dans Le Monde du 18 novembre 2007
« Ce qui est vital, c'est un financement durable des retraites et la garantie d'un niveau correct de pension pour les retraités. Les choix opérés en 1993, 2003 et 2007 n'ont pas réglé ces questions. Une politique de gauche des retraites consisterait à mener la réforme dans le cadre d'une négociation d'ensemble, au lieu d'opposer les salariés entre eux. A cet égard, beaucoup de temps a été perdu.
Quarante annuités pour tous constitue un horizon général raisonnable, à moduler en fonction de la spécificité des métiers, de leur pénibilité, mais aussi de l'espérance de vie variable selon les professions. Comment une réforme pourrait-elle être acceptée si elle aboutit à « travailler plus pour gagner moins » ?
A partir des travaux du Comité d'orientation des retraites (COR), je plaide pour un financement équitable et pérenne, le maintien du taux de remplacement du salaire, la prise en compte de l'espérance de vie, une hausse des petites pensions. Je propose aussi une contribution des revenus du capital à la solidarité nationale.
C'est sur ces bases que l'on doit pouvoir avancer tout en préservant l'ensemble de nos régimes de retraite par répartition.»
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17 novembre 2007
Grèves : la droite essaie de contremobiliser ...
Article tiré du blog de Gérard Contremoulin
Le front des anti-grèves tente de faire contrepoids aux syndicats.
Plusieurs associations appellent à manifester, dimanche, pour dénoncer les grèves dans les transports. Mais faute de soutien politique, leur action pèse peu dans le débat.
C'est un vieux rêve qui resurgit à chaque blocage des transports chez les plus fervents opposants aux grèves : celui d'une contre-manifestation monstre. Un grand soir à l'envers, qui verrait la fameuse « majorité silencieuse » sortir de sa réserve pour damer le pion aux syndicats. C'est un héritage de Mai 68, quand, le 30 mai, plusieurs centaines de milliers de personnes (300.000 selon la police, 1 million selon les organisateurs) défilaient, à l'appel des proches du général de Gaulle, sur les Champs-Elysées pour soutenir le gouvernement.
Appel à manifester dimanche
Depuis le début de la semaine, sentant se dessiner un conflit à même de durer, les habituels partisans d'une ligne sans concessions avec les syndicats s'activent à organiser le front anti-grèves. Les associations Liberté chérie (17.000 « sympathisants » et 2.000 cotisants), Contribuables associés (135.000 adhérents) et les Créateurs d'emplois et de richesse de France (CERF) ont ainsi appelé à manifester dimanche, à Paris, pour montrer que la majorité silencieuse ne se résigne plus à subir sans réagir.
Pas de soutien politique
Un classique : lors des grèves de 1995 et de 2003, Liberté chérie et Contribuables associés avaient déjà réuni 40.000 personnes à chaque fois, selon la police. De son côté, la Fédération des Usagers des Transports et du Service Public (FUTSP) - beaucoup plus modérée, elle milite pour la « grève par gratuité des transports » - appelle à un rassemblement, samedi, si le trafic SNCF n'a pas repris. En 1995, elle avait réuni quelques milliers de personnes. Mais faute de soutien politique, ce front anti-grèves devrait une nouvelle fois rester anecdotique. Si la base des militants UMP est assez remontée, le gouvernement mise sur l'apaisement et les invite donc au calme. Côté organisations patronales, l'attentisme est aussi de mise. Malgré le ras-le-bol qui gagne leurs troupes, elles sont restées très silencieuses afin de ne pas mettre de l'huile sur le feu ». Les vrais coups de gueule n'auront probablement lieu, si le conflit perdure, que la semaine prochaine.
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