05 janvier 2008

Bienvenue en régime berluskozyste

Tribune publiée par Laurent Fabius dans le journal Libération.

24d90679c0c923dde11c4586ec23c1b8.jpg Le Président français aimerait, paraît-il, qu’on le compare à la chancelière allemande, Madame Merkel. Après huit mois d’exercice élyséen, une autre comparaison vient malheureusement plutôt à l’esprit : Sarkozy-Berlusconi.

Avec le berlusconisme, le sarkozysme partage en effet au moins trois traits essentiels. D’abord le rapprochement entre la droite et l’extrême droite. N’oublions pas que c’est ce rapprochement qui explique les résultats électoraux dans la France actuelle comme dans l’Italie d’hier. Certains s’en réjouissent, y voyant la réintroduction dans le champ républicain d’un électorat autrefois latéral. Voire ! C’est oublier que l’opération comporte un prix lourd : tests ADN requis pour filtrer les étrangers, chasse aux sans papiers jusque dans les écoles, rupture désormais marquée avec notre tradition laïque, approche simpliste de la situation des banlieues - sur ces points, le Président français se retrouve plus proche des thèses du Front national que du gaullisme qu’il a manifestement passé par dessus bord.

En politique extérieure aussi, beaucoup d’aspects rapprochent M. Sarkozy et l’ancien Président du Conseil italien. Nous sommes - et c’est très bien ainsi - les amis et les alliés du peuple américain. Cette amitié et cette alliance ne justifient pas un quasi-alignement sur la politique bushiste ni en Irak, ni en Iran. Elles n’impliquent pas davantage la banalisation programmée de la position française au sein de l’OTAN. Avec, en prime, une certaine complaisance concernant des atteintes aux droits de l’homme.

Enfin et surtout, M. Berlusconi a bâti son pouvoir personnel sur sa domination des médias, M. Sarkozy emprunte le même chemin. Sans doute ne possède-t-il pas lui même directement ces médias, c’est l’affaire de quelques proches. Mais le système est tout autant cadenassé et anti-démocratique. C’est bien un régime nouveau qui a commencé de s’établir où s’additionnent tristement révérence et concentration autour de certaines puissances d’argent, confusion entre le peuple et le people, mépris pour les contrepoids traditionnels de la démocratie.

Certes, le Président français comme son alter ego italien ne manque ni d’énergie, ni de talents. Certes, sa victoire n’a été possible que par la conjonction de la lassitude envers l’immobilisme précédent et de la défiance envers la gauche. Une gauche divisée, souvent porteuse non pas comme elle le devrait, d’une vision mobilisatrice pour l’Europe et pour la France, mais d’une alternative décevante entre télévangélisme égotiste et arrangements mollassons.

Mon pronostic ? Le berluskozysme français n’apportera pas plus de résultats économiques et sociaux que son cousin transalpin. L’innovation industrielle sociale, écologique, démocratique, culturelle, qui serait indispensable à notre pays ne sera pas au rendez-vous. Le pouvoir d’achat du plus grand nombre, salariés et retraités, stagnera quand il ne régressera pas. Les chiffres du chômage ne reculeront que sous l’effet mécanique de la démographie. Et les quatre grandes menaces mondiales - terroriste, nucléaire, climatique, financière - feront l’objet sans doute de moulinets médiatiques, mais, je le crains, d’aucune initiative vraiment décisive du président français. Quant au débauchage de quelques personnalités autrefois de gauche attirées par l’odeur de la soupe, ce n’est pas lui qui changera la donne.

Faut-il alors se décourager ? Certainement pas ! Le début d’année est propice aux bonnes résolutions. Je formule celle-ci, avec détermination : face au berluskozysme, il est temps de relever le défi... et la tête.

01 janvier 2008

Bonne Année 2008

A l'aube de cette nouvelle année, j'ai le plaisir de vous adresser mes voeux très sincères de bonheur, à vous ainsi qu'à vos proches.
Que cette nouvelle année vous apporte joie et santé et qu'elle permette à chacun de nous de faire preuve de générosité et de tolérance vis-à-vis de son prochain.

 

18 octobre 2007

Les Français commencent à s’apercevoir que le slogan « travailler plus pour gagner plus » était un leurre

Interview de Laurent Fabius publiée par le journal Le Monde. Les propos ont été recueillis par Jean-Michel Normand.

Vous étiez mercredi le principal orateur du groupe socialiste lors de la discussion budgétaire. Faut-il y voir une reconnaissance de la position d’actif sage que vous revendiquez ?

13b117d89f5eb75ff373f1c8459c83bd.jpgEn tout cas, je me réjouis de cette intervention car le budget est l’ossature de la politique du gouvernement. Ce budget 2008 est fondé sur des chiffres auxquels personne ne croit. Il ne soutiendra vraiment ni la demande ni la compétitivité des entreprises. Compte tenu des déficits abyssaux et du "boulet fiscal" qu’il comporte, il y aura donc probablement un autre budget, caché celui-là, mais révélé après les élections municipales de mars. Désosser cette politique, formuler des contre-propositions, c’est un rôle d’opposant utile à un moment où beaucoup à gauche se demandent où est passée l’opposition. J’aimerais que, la bataille parlementaire achevée, ces citoyens interrogatifs se disent : la gauche est de retour.

Il faut agir pour « déconstruire » la droite et reconstruire la gauche. La droite se flatte d’une pseudo-ouverture. Une vraie ouverture eût consisté à demander à l’opposition de la rejoindre sur telle ou telle question en reprenant une partie de ses idées. Là, le Président propose à des personnalités, qui y ont une prédisposition, de venir au Gouvernement appliquer sa propre politique : c’est du débauchage. La fausse ouverture est donc une vraie fermeture du débat démocratique. En même temps, nous devons reconstruire la gauche. C’est-à-dire à la fois réaffirmer nos valeurs - égalité, liberté, laïcité, service public, internationalisme - qui restent pertinentes et adapter certaines de nos propositions pour les rendre mieux opératoires. Il faut enfin clarifier notre stratégie, celle d’une gauche décomplexée, rassembleuse et diverse. A la base, les électeurs, les militants, les élus nous veulent actifs, combatifs. Avec d’autres, je suis décidé à sonner le réveil.

Sur quels sujets faut-il adapter les propositions du PS ?

Le grand sujet, c’est en France et en Europe de nous montrer plus offensifs et plus efficaces dans la mondialisation. Je plaide depuis longtemps pour que nous placions au premier rang l’environnement : nous devons aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui sur les économies d’énergie, la fiscalité écologique, l’habitat, les transports. De même, rendons l’action publique plus efficace : notre système brasse beaucoup d’argent, avec un impact redistributif faible. En matière européenne, nous manquons d’audace : je développerai dans les semaines qui viennent la proposition d’une Coopération européenne pour la recherche et l’innovation (CERI) ; ce serait le premier exemple de "coopération renforcée" réussie.

Le congrès de 2008, qui doit-être celui de la rénovation, devra-t-il régler la question du leadership au sein du PS ?

Plus que d’une simple rénovation, nous avons besoin d’une véritable reconstruction. Elle ne doit pas être fermée sur le PS. A terme, il faut imaginer un grand parti socialiste et progressiste qui respecte les différentes sensibilités de la gauche et dépasse les frontières actuelles. S’agissant du leadership, pourquoi décider en 2008 la candidature pour 2012, 2017 ou 2022 ? En revanche, le Congrès doit permettre de repartir du bon pied et renouveler les équipes. Pour ma part, j’entends me consacrer aux questions de fond sans me mêler du meccano interne.

Quel jugement portez-vous sur le traité européen simplifié et sur les mouvements de grève du 18 octobre ?

Sur le le traité européen simplifié, j’attends de voir le texte mais une chose est déjà acquise : un sujet qui a été tranché par référendum ne peut être à nouveau valablement tranché que par le peuple. J’espère que nous pourrons dégager une position de rassemblement du PS, et que nous saurons aussi considérer l’essentiel, qui ne se trouve pas dans les procédures mais dans les politiques européennes à mettre en oeuvre.

Quant à la mobilisation sociale, au-delà des régimes spéciaux, sorte de ballon d’essai gouvernemental, elle porte sur l’ensemble des retraites, le pouvoir d’achat, l’emploi. Des efforts sont nécessaires, des changements aussi, mais ils doivent être répartis équitablement, or ils ne le sont absolument pas. Les Français commencent à s’apercevoir que le slogan « travailler plus pour gagner plus » était un leurre. C’est le début d’une prise de conscience. Au PS et à la gauche de l’amplifier et d’offrir au pays une autre perspective.

17 octobre 2007

Une majorité de français soutien la grève de jeudi, selon CSA

54% des Français soutiendraient la grève de jeudi, selon CSA

PARIS (Reuters) - Une majorité de Français soutient la journée d’action de jeudi contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, selon un sondage CSA pour L’Humanité. D’après cette enquête réalisée par téléphone le 10 octobre auprès de 1003 personnes, 54% des sondés déclarent soutenir ou avoir de la sympathie pour cette mobilisation nationale. Ils sont 26% à y être hostiles, et 17% se déclarent indifférents.

Un sondage Ifop à paraître mercredi dans Metro fait un constat différent : 61% des 954 personnes interrogées se déclarent hostiles à la grève de jeudi, que ne soutiennent que 38% des sondés.

29 septembre 2007

Journée nationale d'échanges et de débats de "Rassembler à Gauche"

fb9282f1a93d44c4b4f60dea375be6ed.jpgRendez-vous nous étaient donnés ce samedi à Paris, à l'Institut des d'Etudes Politiques, par Laurent Fabius.

Devant quelques 800 personnes, y compris des personnalités des différentes sensibilités de notre parti, la réunion avait pour thème "Reconstruire la Gauche".

Les points clés du discours :

- "Nous avons besoin de déconstruire la droite et de reconstruire la gauche." Déconstruire la droite, c'est comprendre les mécanismes par lesquels le gouvernement endort l'opinion et manie les médias.

- Le paquet fiscal est inefficace et injuste. Il pourrait bien s'avérer être un "boulet fiscal".

- La droite va se cogner au réel. Elle sera confrontée, c'est pour les prochains mois, à un "contre choc de méfiance". Elle tentera d'allumer des contre-feux en divisant ou en utilisant par exemple la question de l'immigration pour faire oublier ses échecs économiques et sociaux. Face à cela, le Parti socialiste doit mener une opposition claire et responsable.

- Les socialistes doivent revendiquer leurs valeurs, qui sont parfaitement actuelles : la liberté, l'égalité, la solidarité et la laïcité.

- Pour répondre aux nouveaux enjeux, il faut des propositions audacieuses et novatrices.

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Quatre propositions concrètes :

- Pour assurer le respect de la démocratie, inscrire, dans la Constitution, l'exigence d'une expression pluraliste des radios et télévisions, un tiers pour le Président, ses collaborateurs et les membres du gouvernement, un tiers pour la majorité parlementaire, un tiers pour l'opposition.

- Pour limiter les rejets de CO2 dans l'atmosphère, mettre en place une pollutaxe climat-énergie.

- Pour financer les dépenses liées à l'allongement de la durée de la vie (retraites, dépendance, santé), mettre également à contribution les revenus du capital.

- Pour être offensif dans la mondialisation, mettre en place une Communauté européenne de la Recherche et de l'Innovation, ces deux matières premières du futur, Communauté qui pourrait constituer la première « coopération renforcée » effectivement mise en place, notamment avec les pays de l'Euro.

Pour conclure : 

- Clarifier notre stratégie. "Nous sommes pour le rassemblement à gauche ; nous n’écartons pas par principe de ce rassemblement des personnes ou des forces qui ne s’y trouvaient pas auparavant mais à la condition incontournable qu’existe une cohérence politique. Cohérence nationale, c’est-à-dire refus des accords à la carte. Cohérence de projet, c'est-à-dire affirmation d’objectifs nationaux et locaux communs avec ces partenaires et d'abord le rejet de la politique économique, sociale et fiscale actuelle. Force est de reconnaître que cette cohérence n’existe pas aujourd’hui."

- Construire un grand Parti socialiste capable de rassembler 35% des voix au premier tour. "Quand je réfléchis à plus long terme, j'ai même à l'esprit un mouvement rassemblant encore plus largement que le PS aujourd’hui les sensibilités de la gauche, un mouvement socialiste et progressiste. C'est dans cette perspective de l'unité la plus large qu'il faut reconstruire."

Retrouver l'intégralité du discours prononcé par Laurent FABIUS en clôture de cette journée nationale d’échanges et de réflexions de "Rassembler à Gauche".

Discours_LF_29_septembre_-_Reconstruire.pdf

27 septembre 2007

Université d'été 2007 de La Rochelle

Militant de la section de Routot, et bien que membre du MJS puis du Parti Socialiste depuis de nombreuses années, je me rendais pour la première fois à l’Université d’été du Parti Socialiste à La Rochelle.

1c9b6ad956d26993e4e33305a3d3b7cc.jpgForte de 3500 personnes environ (militants comme élus), et malgré l’absence de quelques personnalités, l’Université d’été 2007 de La Rochelle a été l’occasion de participer à de nombreuses séances plénières et ateliers, tels que "l'état de la gauche", "droitisation de la France ?", "les recompositions de la gauche en Europe", "bilan électoral de la gauche", mais aussi de rencontrer les militants des autres fédérations avec lesquels nous défendons les mêmes idéologies.

Ce travail de réflexion de fond et de propositions concrètes a permis de définir quelques lignes directrices à développer dans les années à venir pour la rénovation de notre parti. En effet, nous devons réfléchir Ensemble afin d’être en accord avec la réalité de la société et adapter notre langage pour convaincre et porter notre idéal au sommet de la France.

Pour la première fois, les différents ateliers n’étaient pas animés uniquement par des dirigeants de notre parti puisque de nombreux intervenants non socialistes y ont pris part, permettant ainsi des discussions, des échanges et des débats plus riches.

2fc05fdfbfd99274fbbe5e74fab83b4d.jpgLes thèmes les plus abordés lors de ce week-end étaient :

  • Le mot " Nation ", ce symbole du " Vivre ensemble dans la République ", devons-nous en avoir peur ?
  • L’Emploi : La France "doit collectivement travailler plus" pour réduire le chômage. François Hollande a d’ailleurs déclaré être favorable à " l’ordre social et public ", l’opposant au désordre " créé par le capitalisme ".
  • La Sécurité, en tant que droit fondamental.
  • La remise au travail de notre parti, en apportant des contre-propositions à celles du gouvernement et en préparant les élections cantonales et municipales à venir, puisque les villes et les départements pourraient devenir des contre-pouvoirs, dans la même lignée que les régions.

Cette université 2007 a été une rentrée politique des plus studieuses, où au centre d’ateliers et de débats, quelques pensées idéologiques et programmatiques futures ont émergé pour la rénovation de notre parti. La Rochelle a été le lieu de débats, de contacts et de discussions qu’il était indispensable d’avoir après nos trois défaites successives aux Présidentielles.

Satisfait par cette première expérience, il est d’ores et déjà acquis dans mon esprit que je me rendrai l’année prochaine à l’Université d’été à La Rochelle.