03 décembre 2007
85 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat se dégrade
tiré du blog Trait d'Union
Le pouvoir d’achat est désormais la priorité des Français. 51% d’entre eux indiquent être préoccupés avant tout par leur niveau de salaire : jamais cette préoccupation n’avait été aussi élevée depuis 1996. La crainte à l’égard de l’évolution de leur pouvoir d’achat se traduit également par la forte progression du pessimisme concernant leurs perspectives d’évolution de niveau de vie : 44% des salariés estiment que le niveau de leurs revenus et le pouvoir d’achat de leur foyer va diminuer dans les mois qui viennent, soit 23 points de plus qu’en juillet dernier. Un salarié sur cinq (21%) considère même que son pouvoir d’achat va « nettement » baisser.
La droite rappelle à l’envi que selon l’INSEE « l’évolution du pouvoir d’achat serait positive »… Mais les calculs de l’INSEE ne prennent pas en compte les disparités sociales entre ménages. En effet, l’indicateur de l’INSEE est fondé sur la variation de prix de plus de 800 produits. La hausse des prix des logements ou des produits frais y est compensée par la baisse des ordinateurs ou des écrans plasma. Or, pour les 80 % de français qui gagnent moins de 2.000 euros par mois, le premier effet est incontournable et le second incertain, ce qui explique que leur pouvoir d’achat baisse.
D’autres indicateurs existent et témoignent, comme l’indicateur du BIPE du pouvoir d’achat qui a calculé que la hausse du pouvoir d’achat pour l’ensemble des ménages en 2006 n’était que de 0,6%, quand l’INSEE le fixait à 2,3%. Leur méthode prend simplement mieux en compte le fait que les ménages français sont toujours pénalisés par l’évolution plus rapide depuis 2003 de leurs dépenses contraintes (notamment les remboursements liés au logement...) que de leurs revenus.
En effet dans le budget des ménages, le poids des dépenses dites contraintes – celles sur lesquelles on n'a guère de prise à court terme, comme le logement (loyers, charges), les assurances, les remboursements des crédits ou encore les impôts et autres contributions sociales (CSG et CRDS) – n'a cessé d'augmenter. Il est passé de 22 % à 45 % du budget familial entre 1960 et 2006. La situation est pire pour les ménages modestes pour qui ce type de charges absorbent les trois quarts du revenu disponible.
Si l’INSEE ne modifie pas ses indicateurs, elle publie tout de même des études qui attestent de cet état de fait. Une étude intitulée « Indices des prix selon le revenu du ménage 1996 - 2006 » démontre que la structure de consommation diffère selon les revenus et donc que l’inflation est supérieure ou égale à la moyenne pour 80% de Français et inférieure pour les 10% les plus aisés.
Les dépenses de consommation sont très différentes selon les foyers et le poids et l’évolution des dépenses contraintes sont très disparates selon que le ménage est propriétaire, locataire ou accédant à la propriété, et enfin les évolutions de revenus diffèrent suivant l’activité (actif, inactif, retraité), le nombre d’enfants,... C’est pourquoi de nombreux ménages ont connu des baisses de leur pouvoir d’achat effectif alors que les chiffres nationaux annoncent une hausse. C’est le cas par exemple des retraités en 2006.
Ce qu'avait promis Sarkozy. Il est utile de rappeler quels étaient les engagements du Président de la République, tels qu’inscrits dans son projet :
Salaire : « Travailler plus pour gagner plus, (…), cela signifie un gain de 17% sur sa feuille de paye pour le salarié au SMIC ».
Logement : « il faut faire baisser les prix »
Prix : « l’euro à fait augmenter les prix, je ferai en sorte que l’euro devienne un outil de croissance »
Retraites : « J’augmenterai de 25% la minimum vieillesse, je revaloriserai les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux ».
Impôts : « je n’augmenterai pas les impôts, mais au contraire ferai tout pour les baisser »
Et de rappeler quelles mesures ont été mises en oeuvre tel que le paquet fiscal :
Le bouclier fiscal c'est 270 millions d’euros donné aux 1.000 contribuables les plus riches (15,5 millions d’euros de patrimoine), soit un gain de 270.000 euros par personne et par an ;
La suppression de la quasi-totalité des droits de succession ne profite qu’aux 5% les plus riches. Un couple avec deux enfants ne bénéficiera d’une baisse d’impôt que si son patrimoine dépasse 600.000 euros. Les héritiers d’un couple dont la fortune s’élève à 1,5 million d’euros bénéficient ainsi d’un cadeau fiscal de 72.000 euros.
Et l’addition c'est les salariés qui la règle :
780.000 personnes âgées modestes paieront désormais 116 euros par an de redevance télévisuelle dont elles étaient exonérées jusqu’ici. Gilles Carrez, rapporteur général UMP du budget a indiqué que « Les personnes âgées modestes de plus de 65 ans paieront désormais la redevance », l’objectif étant de « récupérer 40 à 60 millions d'euros ». Cette ponction représente à elle seule une baisse de pouvoir d’achat de 1% pour les retraitées, dont la retraite moyenne est de 1.000 euros par mois (1.500 pour un homme).
85% des Français se verront taxer de 50 euros par an avec l'instauration des Franchises médicales à partir du 1er janvier 2008. Les assurés (à l’exception des assurés qui bénéficient de la couverture maladie universelle, des femmes enceintes et des enfants mineurs) devront payer les franchises médicales pour financer les actes de dépenses de santé pour 50 centimes d’euros sur les médicaments et les actes paramédicaux, 2 euros sur les transports en ambulance ou en taxi, le cumul des franchises médicales étant plafonné à 50 euros par an.
Le coût de l’énergie notamment le prix du litre d’essence (SP95) est en hausse de 15 % depuis le début de l’année, ce qui représente un surcoût de 130 euros par an. Depuis la mi-2002, le prix de l’essence est en hausse de 35%. Sachant qu’un Français dépense en moyenne 900 euros par an en carburant (selon l’«Automobile club »), cela représente une perte de pouvoir d’achat de 300 euros par an. Si certains se focalisent sur le montant de la TIPP, il serait judicieux de parler du montant des bénéfices réalisés par des entreprises comme Total qui récupèrent autant que la TIPP mais à la différence de celle-ci il n'y a aucun effet redistributif, les actionnaires de Total gardent tout pour eux !
La hausse des prix des logements actuellement constatée (3%) est identique à celle des cinq dernières années. Les conséquences pour le pouvoir d’achat risquent d’être analogues. Par exemple, un personne seule au SMIC dépense 150 euros de plus chaque mois pour se loger qu’en 2002. Pour un couple avec deux enfants, la facture grimpe de 380 euros en moyenne, soit une hausse du taux d’effort de 20% (dans les deux cas).
La hausse des prix agricoles a fait grimper les prix du pain (+8%) en septembre et devrait tirer à la hausse les prix des produits laitiers (+ 40 % constatés pour les prix de gros) et de certaines viandes (volailles notamment, car élevées essentiellement avec des céréales). Aujourd’hui, selon « Familles rurales », consommer 400 grammes de fruits et de légumes par personne et par jour, soit le niveau recommandé par l'Organisation mondiale de la santé - représente un budget mensuel de 57 euros pour un couple et de 115 euros pour une famille avec deux enfants de plus de 10 ans. Soit entre 5 % et 12 % du Smic.
Quant aux salaires, ils n’augmentent pas, bien au contraire. Pour la première fois depuis de nombreuses années, les 2,5 millions de salariés au SMIC (près d’un salarié sur cinq) ont été privés de coup de pouce. Le Smic a ainsi vu son augmentation cantonnée à 2,1% au 1er juillet, pour atteindre 8,44 € brut de l'heure. Cette revalorisation correspond à l'augmentation légale (l'inflation plus la moitié de la hausse du salaire horaire). La hausse du salaire moyen (Indice du salaire mensuel de base de l’ensemble des salariés ou SMB) a même chuté d’un tiers depuis le début de l’année. Selon une étude de la DARES (« Activité et conditions d’emploi de la main-d’œuvre au 3ème trimestre 2007 », n°47.2 de novembre 2007), elle est passée de +0,9% au premier trimestre à +0,7 au troisième trimestre.
Seul un tiers des salariés pourra bénéficier de la détaxation des heures supplémentaires mise en place par le gouvernement avec le « paquet fiscal ». Les cadres au forfait-jours ou les salariés dont le temps de travail est annualisé sont totalement exclus du dispositif. Les salariés ne choisiront pas leur temps de travail, seuls les employeurs pouvant en décider, et la principale conséquence sera une intensification et une dégradation des conditions de travail de nombreux salariés. Cette mesure contribuera à asphyxier les régimes de protection sociale, employeurs et salariés étant expressément incités à sous-déclarer le temps réel de travail. Et elle jouera pleinement contre l’emploi, les employeurs étant financièrement incités à recourir aux heures supplémentaires plutôt qu’à embaucher.
Et le minimum vieillesse et les petites retraites n’ont fait l’objet d’aucune hausse.
Après l'impôt sur les malades, le gouvernement s'apprète à créer une taxe sur les victimes. La Garde des Sceaux a annoncé la création après les élections municipales d’une franchise sur l’aide juridictionnelle. Cette taxe crée de fait une justice à deux vitesses, privant les classes populaires de l’accès à la justice (le plafond pour bénéficier de l'aide juridictionnelle totale est de 874 euros de revenus mensuels, et de 1.311 euros pour bénéficier de l'aide juridictionnelle partielle). Cette décision s’inspire d’un rapport publié le 9 octobre par un sénateur UMP qui propose la mise en place d’un « ticket modérateur justice ». Ce dispositif inspiré des franchises médicales laissera à la charge du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle une part de la dépense de justice liée à son affaire.
Comme l'a rappelé récemment Louis Maurin, directeur de l'observatoire des inégalités : "il est faux d'affirmer que les inégalités se stabilisent"... La hausse des prix est un marqueur important particulièrement la hausse des loyers et des dépenses contraintes... Il y a urgence sociale à augmenter les salaires !
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25 novembre 2007
Le pouvoir d’achat est le principal ratage de Sarkozy
Le grand rendez-vous Europe1 TV5 Le Monde
Laurent Fabius a estimé dimanche que la question du pouvoir d’achat constituait le principal "ratage" du président Nicolas Sarkozy. (Publicité)
"Il y a évidemment un gros gros problème de pouvoir d’achat. (...) Tout augmente sauf les salaires et les retraites", a déclaré M. Fabius au Grand Rendez-Vous Europe1/TV5/Le Parisien.
"Ce qu’on a retenu de sa campagne victorieuse (de M. Sarkozy) c’est je serai le président du pouvoir d’achat : promesse non tenue, totalement non tenue. Il y a deux ratages, le premier ratage, le plus sérieux, c’est le pouvoir d’achat. Le second, qui n’est qu’en partie lié à ce qui se passe en France, c’est l’euro cher", a-t-il dit.
M. Fabius a estimé qu’il fallait en matière de pouvoir d’achat favoriser "les négociations sur les salaires", aller vers un "encadrement des loyers, qui sont en train d’exploser", mettre en oeuvre le chèque transport, envisager une "contribution qui peut être prise sur les super-bénéfices des compagnies pétrolières" et faire "un effort pour les petites pensions".
Sur l’éventualité du conditionnement des "exonérations sociales à l’engagement de négociations sur les salaires", M. Fabius a déclaré : "le gouvernement a l’air de caresser cette idée, s’il s’en saisit, je l’appuierai".
Il a de nouveau fustigé le "paquet fiscal" adopté cet été, estimant qu’il n’était "pas un paquet fiscal, (mais) un boulet fiscal qu’on va traîner pendant des années".
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